Chaque mois de septembre, New York devient le centre nerveux de la diplomatie mondiale. Les 193 États membres de l’ONU y convergent, accompagnés d’organisations internationales, d’institutions régionales, d’ONGs, de think tanks, d’agences spécialisées et d’une multitude d’acteurs transnationaux qui cherchent à peser sur l’agenda multilatéral. Dans cette foule diplomatique, un fait demeure constant : l’Assemblée générale n’est pas seulement un forum de discours, mais un espace où se mesure la capacité réelle d’un État à exister dans le système international. Et dans cet environnement, les petits États qui arrivent avec un agenda clair, une stratégie solide et une préparation rigoureuse peuvent devenir étonnamment influents.
La 81ᵉ session de l’Assemblée générale, qui s’ouvre le 8 septembre 2026, illustre parfaitement cette dynamique. Le thème officiel, « Restaurer la confiance, gérer les transformations : une Organisation des Nations Unies au service de tous », cache une compétition silencieuse entre États, chacun cherchant à maximiser son poids dans un système multilatéral fragmenté. Cette année, deux dossiers dominent les discussions : les élections pour le prochain Secrétaire général et la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Dans les couloirs, ces sujets ne sont pas seulement des thèmes de débat, mais aussi des terrains de manœuvre où se redessinent des alliances, des rivalités et des équilibres géopolitiques.
Pour un État, surtout lorsqu’il est de petite taille ou en situation de vulnérabilité, la préparation à l’Assemblée générale est un exercice stratégique majeur. Rien n’est improvisé. Les missions permanentes passent des mois à négocier des positions communes au sein de blocs régionaux, à ajuster les priorités nationales aux tendances globales, à rédiger des documents de position, à coordonner des votes et à sécuriser des rencontres bilatérales décisives. La véritable influence ne se construit pas dans la salle de l’Assemblée, mais dans les semaines qui précèdent, dans les conversations discrètes, les consultations techniques et les alliances soigneusement tissées.
L’ordre des interventions au débat général rappelle que l’Assemblée est aussi un espace de hiérarchies. Le Brésil ouvre traditionnellement les discours, suivi des États‑Unis en tant que pays hôte. Pour les grandes puissances, la tribune n’est qu’une vitrine : l’essentiel se joue dans les réunions bilatérales, les consultations de blocs et les négociations en coulisses. Mais pour les petits États, ce moment peut devenir une opportunité rare de présenter une vision, de défendre une position ou de solliciter un soutien international. Une minute à la tribune peut peser lourd, à condition que le travail préparatoire ait été fait avec rigueur.
La semaine de haut niveau ne se résume pas aux discours. Elle compte des centaines de side events consacrés au financement climatique, à la gouvernance numérique, à la santé mondiale, à la sécurité, à la réforme du Conseil de sécurité ou à la prévention des conflits. C’est dans ces espaces secondaires que se négocient les engagements concrets, les alliances de vote et les partenariats stratégiques. Les petits États qui arrivent avec un excellent agenda, des messages cohérents et des rendez‑vous déjà sécurisés peuvent y obtenir des résultats significatifs, parfois plus que des puissances dont la visibilité masque une préparation moins fine.
La leçon est simple : à l’Assemblée générale de l’ONU, l’influence n’est pas une question de taille, mais de préparation. Les petits États qui travaillent leur agenda, affinent leur narratif, construisent leurs alliances et anticipent les débats peuvent devenir des acteurs clés, capables de peser sur des décisions globales. L’Assemblée générale ne distribue pas l’influence : elle la révèle. Et dans cette arène mondiale, ceux qui se préparent le mieux sont souvent ceux que l’on écoute le plus.




