Les 29 et 30 octobre, Mark Carney reçoit à Montréal António Costa et Ursula von der Leyen. C’est le premier sommet depuis que Bruxelles a proposé au Canada de devenir son premier « membre associé ». Reste à savoir si cette formule, qui n’existe pas encore, aura un contenu réel.
Une proposition qui a surpris tout le monde
Le 16 septembre, lors de son discours sur l’état de l’Union à Strasbourg, Ursula von der Leyen s’est adressée à Mark Carney, présent dans l’hémicycle à son invitation, pour lui proposer d’ouvrir au Canada la porte du statut de premier membre associé de l’UE.
Le vrai problème est juridique : cette catégorie ne figure pas dans les traités européens. Elle devrait être créée avec l’accord des États membres. L’idée ne figurait même pas dans le projet de discours diffusé la veille, et elle a surpris plusieurs capitales, et jusqu’à Mark Carney lui-même.
Ottawa a accueilli le geste, mais en a fixé les limites : le Canada ne cherche pas l’adhésion, mais une « alliance unique ». Son ambassadeur désigné auprès de l’UE, Jonathan Wilkinson, a assuré qu’il ne s’agissait pas de partager la souveraineté canadienne : « Nous n’envisageons pas de souveraineté partagée. »
Pourquoi maintenant
Le moteur, c’est Washington. Cet été, une guerre commerciale ouverte a éclaté entre les États-Unis et le Canada. Mark Carney a averti que certains pays utilisent l’intégration économique comme une arme. Donald Trump a qualifié la proposition européenne de « risible » et a menacé l’Europe de lourds droits de douane.
Pour le Canada, l’Europe est un moyen de diversifier ses alliances. Pour l’UE, le Canada est un partenaire fiable, riche en ressources et aligné sur l’Ukraine, le climat et le multilatéralisme.
Ce qui existe déjà
La relation ne part pas de zéro. L’Accord économique et commercial global (AECG, ou CETA en anglais) est appliqué à titre provisoire depuis 2017, et le commerce bilatéral de biens et de services a progressé d’environ 80 % entre 2016 et 2025, pour atteindre 130 milliards d’euros. Sur cette base s’est construite une dimension sécuritaire : en 2025, les deux parties ont signé un Partenariat de sécurité et de défense. En février, le Canada a signé l’accord qui en fait le premier pays non européen à participer à SAFE, le programme européen d’achats conjoints de défense. Il s’agit désormais de donner un nom à une intégration déjà en marche.
Ce que l’on attend de Montréal
Un projet de déclaration commune circule déjà. Il ne mentionne pas le mot « associé », mais énumère presque tous les domaines de coopération possibles, de l’énergie à la cybersécurité. Cinq d’entre eux se détachent :
- La défense. Ursula von der Leyen a évoqué l’intégration des bases industrielles de défense. Montréal pourrait permettre de passer des accords aux contrats.
- L’Arctique. Bruxelles veut en faire un « projet commun emblématique ». Pour le Canada, c’est une question de souveraineté ; pour l’Europe, une nouvelle frontière stratégique.
- Les minéraux critiques. En mars, la Banque européenne d’investissement (BEI) et le Canada ont signé une lettre d’intention pour coopérer dans ce domaine. Ce texte non contraignant ne comporte encore aucun engagement financier.
- Le commerce numérique. Les deux parties négocient un accord sur le commerce des services.
- Les étudiants. Des discussions sont en cours pour une participation du Canada au programme Erasmus+.
Les limites
Près de dix ans plus tard, dix États membres n’ont toujours pas ratifié l’AECG (Belgique, Bulgarie, Chypre, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Pologne et Slovénie), si bien que les règles sur la protection des investissements ne s’appliquent pas encore. Avec des élections à venir en France, en Grèce et en Pologne, et des agriculteurs sur le qui-vive, peu de gouvernements voudront rouvrir ce débat.
Il existe en outre une limite de fond : le Canada ne peut pas adopter l’ensemble des normes européennes, car sa réglementation est très alignée sur celle des États-Unis. Et une intégration plus poussée dans la défense européenne pose la question de son articulation avec son rôle au sein de l’OTAN.
Plus qu’une étiquette
À Strasbourg, Mark Carney a assuré qu’il ne s’agit pas de créer un troisième bloc rival des grandes puissances. Montréal ne créera pas de nouveau statut : cela exigerait l’accord des 27 États membres et, probablement, des années de négociations. Le véritable test est plus modeste : repartir de Montréal avec des avancées concrètes en matière de défense, de minéraux ou de commerce numérique. Si c’est le cas, l’« alliance pour l’avenir » commencera à prendre forme. Sinon, elle restera une étiquette séduisante posée sur une relation qui existait déjà. Dans tous les cas, Washington observera de près.
Sources
- Cabinet du Premier ministre du Canada, annonce du Sommet Canada-UE, 25 octobre 2026 : https://www.pm.gc.ca/en/news/news-releases/2026/10/25/prime-minister-carney-host-canada-european-union-summit-montreal
- Peterson Institute for International Economics, « Can the EU and Canada forge a new partnership? », 2026 : https://www.piie.com/blogs/realtime-economics/2026/can-eu-and-canada-forge-new-partnership
- Euronews, « Canada invited to become first “associate member” of the EU », 16 septembre 2026 : https://www.euronews.com/my-europe/2026/09/16/canada-to-become-first-associate-member-of-the-eu
- Euronews, « What is CETA and why is the EU-Canada trade deal still in limbo? », 21 septembre 2026 : https://www.euronews.com/2026/09/21/what-is-ceta-and-why-is-the-eu-canada-trade-deal-still-in-limbo
- Brussels Times, « EU’s SAFE defence funding expands beyond Europe in landmark deal with Canada », 15 juin 2026 : https://www.brusselstimes.com/eu-affairs/2192888/eus-safe-defence-funding-expands-beyond-europe-in-landmark-deal-with-canada




