Les défis de la 81e session de l’ONU : sauver le monde tout en se sauvant elle‑même

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Chaque septembre, New York devient le théâtre où se joue l’état du monde. La 81e session ordinaire de l’Assemblée générale s’ouvre dans une atmosphère de gravité particulière : l’ONU doit fixer un cap global alors qu’elle traverse sa propre fragilité. Sous la présidence de Khalilur Rahman, ministre des Affaires étrangères du Bangladesh, les États se réuniront pour débattre des crises qui secouent la planète, mais aussi de celles qui minent l’Organisation elle‑même. Car la question centrale n’est plus seulement ce que l’ONU peut faire pour le monde, mais ce qu’elle peut encore faire tout court.

La crise de liquidité a atteint un niveau critique. Le Secrétaire général António Guterres a averti les États membres d’un « effondrement financier imminent » : près de 2,8 milliards de dollars d’arriérés pour le budget ordinaire et 3,5 milliards pour les opérations de paix. L’Organisation a dû réduire ses dépenses, réaffecter du personnel, supprimer des milliers de postes et accélérer l’initiative UN 80. Le paradoxe est saisissant : on demande à l’ONU d’assumer davantage de responsabilités dans un monde en crise, alors qu’elle dispose de moins en moins de moyens pour y répondre. Elle doit se réformer pour rester pertinente, tout en administrant une pénurie qui limite sa capacité d’action.

Mais la crise financière n’est qu’un symptôme. Les conflits en Ukraine, à Gaza, au Soudan et ailleurs ont révélé l’incapacité de la communauté internationale à produire des réponses communes. L’ONU offre l’un des plus vastes espaces de dialogue au monde, mais le défi n’est plus de parler : il est de transformer la parole en action. Derrière l’image impressionnante de 193 États réunis dans une même salle, la fragmentation est profonde. Le Conseil de sécurité demeure paralysé par le veto, les grandes puissances défendent des positions irréconciliables, et les intérêts nationaux l’emportent sur les décisions collectives. Le multilatéralisme n’est pas en manque de lieux ; il est en manque de volonté.

La session s’ouvre sous le thème « Restaurer la confiance, gérer les transformations : une Organisation des Nations Unies au service de tous », une formule qui dit tout de l’ambition et de la difficulté du moment. Paix et sécurité, Objectifs de développement durable, action climatique, droits humains, gouvernance technologique, réforme institutionnelle : l’ONU ne fait pas face à une crise unique, mais à une constellation de crises interconnectées. À l’approche de 2030, les ODD entrent dans une phase décisive, alors même que les pays en développement réclament davantage de ressources et de participation, tandis que l’Organisation elle‑même peine à financer son fonctionnement. La contradiction est flagrante.

La question de l’intelligence artificielle illustre mieux que tout le décalage entre l’ordre mondial de 1945 et celui de 2026. La technologie évolue plus vite que la diplomatie, plus vite que les institutions, plus vite que les États. Désinformation, sécurité, emploi, fracture numérique : autant de défis qui exigent une gouvernance mondiale. Mais comment une institution qui peine à se financer et à générer des consensus pourrait‑elle arbitrer une transformation technologique qui redéfinit l’ordre international ?

La réforme de l’ONU ne peut plus être différée. UN 80 ne se limite pas à des économies budgétaires ; elle pose la question de savoir comment une institution créée il y a plus de 80 ans peut rester pertinente dans un monde qui a radicalement changé. La 81e session devra décider quelle ONU conserver et quelle ONU construire.

Le véritable enjeu de septembre ne résidera pas dans les discours des dirigeants, mais dans leur volonté de négocier, de financer et d’agir. L’ONU demeure capable de réunir 193 pays dans une même salle ; le défi sera de les faire regarder dans la même direction. Sauver le monde tout en se sauvant elle‑même : telle est la tâche paradoxale, presque vertigineuse, qui attend l’Organisation. Et c’est peut‑être dans cette tension que se joue l’avenir du multilatéralisme.

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