RDC : Kabila rejoint le M23, la paix vacille

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Le 12 octobre 2026, depuis Goma, Joseph Kabila a annoncé qu’il prenait la tête d’une coalition politico-militaire alliée aux rebelles du M23. L’homme qui a dirigé la République démocratique du Congo pendant dix-huit ans se dresse désormais contre l’État qu’il a lui-même gouverné. Ce geste résume la situation du pays : la diplomatie accumule les accords, tandis que le conflit devient toujours plus politique, plus régional et plus difficile à arrêter.

Un ancien président à la tête de la rébellion

La nouvelle coalition, baptisée Front pour la refondation de la nation (FRN), succède à l’alliance AFC/M23. Joseph Kabila la préside, secondé par Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, tandis que Sultani Makenga, chef militaire du M23, en dirige la branche armée. Selon l’un de ses porte-parole, l’objectif est de mettre fin à la « tyrannie » par tous les moyens, y compris la force.

L’annonce n’a guère surpris Kinshasa. Il y a un an, la justice militaire avait condamné Joseph Kabila à mort par contumace, notamment pour trahison et collusion avec le Rwanda et le M23. En avril dernier, les États-Unis l’ont sanctionné pour avoir financé les rebelles. Ce qui change aujourd’hui, c’est la nature du défi. Une rébellion de l’Est, soutenue par le Rwanda selon l’ONU et Washington (ce que Kigali dément), se dote désormais d’un visage national et d’un discours sur la question de savoir qui doit gouverner à Kinshasa.

Sur le terrain : l’Est aux mains des rebelles

Le M23 contrôle le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, leurs capitales, Goma et Bukavu, ainsi que les principaux postes frontaliers avec le Rwanda et l’Ouganda. Selon les experts de l’ONU, il compterait environ 30 000 combattants, appuyés par plus de 10 000 soldats rwandais.

Le coût humain est considérable. Selon l’ONU, plus de 7,8 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées dans le pays, et quelque 28 millions font face à l’insécurité alimentaire.

Sous la guerre, il y a les minerais. Selon les experts de l’ONU, le M23 étend son contrôle sur des mines d’or, d’étain et de coltan, dont la production est exportée via le Rwanda.

La diplomatie : beaucoup d’accords, peu d’application

Deux négociations se déroulent en parallèle. La première, entre Kinshasa et Kigali, a abouti aux Accords de Washington, signés le 4 décembre 2025 par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame. Ils prévoient le retrait des troupes rwandaises, la fin du soutien congolais aux FDLR (milice hutu fondée par des responsables du génocide de 1994) et une intégration économique régionale autour des minerais critiques. La seconde, entre Kinshasa et le M23, se tient à Doha, où les deux parties ont signé un accord-cadre le 15 novembre 2025.

Le problème, c’est que les engagements ne sont pas respectés. Le Rwanda s’était engagé à retirer ses troupes, mais en mars 2026, Washington a sanctionné son armée pour son soutien continu au M23. L’ONU évoque une « fenêtre d’opportunité » pour la paix, tout en reconnaissant que la situation sur le terrain se dégrade. Avec Joseph Kabila à la tête des rebelles, c’est l’accord de Doha qui est le plus menacé : le gouvernement congolais ne négocie plus seulement avec un groupe armé, mais avec son principal rival politique.

Kinshasa : la bataille de 2028

Le second et dernier mandat de Félix Tshisekedi s’achève en 2028. En mai, il s’est dit prêt à en accepter un troisième « si le peuple le veut », et a laissé entendre que l’élection présidentielle pourrait être reportée tant que la guerre dans l’Est ne serait pas réglée. En juin, le Parlement a adopté une loi référendaire, validée fin juillet par la Cour constitutionnelle. L’opposition et l’Église catholique la rejettent, estimant qu’elle pourrait ouvrir la voie à un troisième mandat.

Le coup de Joseph Kabila relie les deux fronts : la guerre dans l’Est et la succession présidentielle relèvent désormais d’une seule et même lutte.

Une urgence sanitaire en pleine guerre

À cela s’ajoute la plus grave épidémie d’Ebola de l’histoire du pays, causée par la souche Bundibugyo, contre laquelle il n’existe aucun vaccin homologué. À la mi-octobre, on comptait plus de 9 200 cas confirmés et plus de 4 400 décès. L’épidémie touche désormais huit provinces, et le Kenya a déjà enregistré des cas.

Ce qu’il faut surveiller

  • La capacité du FRN à provoquer des défections au sein de l’armée et à nouer des alliances au-delà des Kivus.
  • La survie du processus de Doha face à la nouvelle direction rebelle.
  • Le retrait effectif des troupes rwandaises, exigé par Washington.
  • Le calendrier constitutionnel à Kinshasa.

Le 18 octobre, les ministres de la Défense de la RDC, du Rwanda, de l’Ouganda, du Burundi et de la Tanzanie se sont réunis à Lusaka pour discuter du désarmement des groupes armés étrangers. Une réunion de plus dans une longue série. La question n’est plus de savoir s’il existe une volonté de signer, mais si quelqu’un a réellement les moyens de faire respecter ce qui a été signé.

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